02 Décembre 2008    

La Lettre de décembre 2006

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Les réseaux IP ne sont plus la chasse gardée des opérateurs historiques

Avis d'expert - Eric Sèle - la lettre de décembre 2006

Document d'après  Eric Sèle

Eric Sèle
Eric Sèle est actuellement Directeur Régional de CIENA pour l’Europe du Sud et assure les fonctions de Directeur Général France. Précédemment il occupait les fonctions de Directeur de l’activité Mobile de Lucent en France.
Eric Sèle, 41 ans, a exercé les fonctions de Directeur Commercial et Marketing de 1989 à 1995 au sein de SVFO, filiale de Pirelli spécialisée dans les offres d’infrastructures et de réseaux de communications optiques En 1996, Eric Sèle rejoint la maison mère Pirelli et tant que Directeur Commercial et Marketing de l’Activité Telecom. Il rejoint le groupe Cisco Systems lors de la cession par Pirelli de l’activité photonique pour assurer le développement des activités optiques sur l’Europe du SUD et particulièrement les déploiements de l’opérateur France Telecom. En 1999, il intègre Lucent Technologies pour contribuer au renforcement du constructeur dans les nouvelles technologies des opérateurs alternatifs, puis occupe les fonctions de Directeur des Opérations Commerciales France et Belgique de l’équipementier, avant de prendre la Direction de l’Activité Mobile.
Eric Sèle est titulaire d’un Diplôme d’Ingénieur Technico-commercial de la faculté d’Orsay option Instrumentations et Systèmes.

Le marché veut de l’IP

En 2006, France Telecom prévoit d’assurer plus de 40 % du trafic voix sur le réseau IP. Orange France estime à 22,3 millions le nombre de sessions de vidéo mobile téléchargées l’an passé en France, dont 4,5 millions sur le seul mois de décembre.
Dans son dernier rapport, l’ARCEP, confirme cette évolution vers l’IP :

  • plus de 400.000 lignes IP ont été installées au dernier trimestre 2005,
  • soit une augmentation de 27 % par rapport aux six mois précédents.

En France, le nombre de contrats de voix sur IP (VoIP) a dépassé les 2 millions, cette technologie représentant aujourd’hui 7 % du trafic voix total du pays (une augmentation de 400 % par rapport à la même période de l’an passé).
Au niveau international, l’organisme d’étude Booz Allen Hamilton prévoit que d’ici 2010 plus de la moitié des foyers européens seront équipés du service triple play (téléphone, Internet et télévision).

Une bonne nouvelle pour les opérateurs historiques ?

Les services haut débit sous IP ont, enfin, pris leur essor.
La bonne nouvelle est-elle à double tranchant pour les opérateurs historiques, qui sont les fournisseurs traditionnels de l’infrastructure haut débit, même si elle est revendue par des FAI et des opérateurs alternatifs?
Différents éléments mettent en évidence l’autonomie croissante des opérateurs alternatifs face aux fournisseurs historiques. Ils préfèrent installer leur propre infrastructure IP pour proposer de nouvelles applications haut débit.
En France, à titre d’exemple :

  • T-Online investit 500 millions d’euros pour déployer un réseau IP sur les deux prochaines années, avec pour objectif de capturer 15 % du marché haut débit à ‘court et moyen’ terme.
  • La fusion entre neuf telecom et Cegetel a abouti à une entité disposant d’un réseau IP national, capable de concurrencer celui de l’opérateur historique. C’est d’ailleurs l’une des raisons majeures de cette fusion. La concurrence avec France Telecom s’étend à la revente de capacité IP, puisque neuf telecom compte sur le territoire national des clients tels que AOL et Tele2.
  • Tiscali France (rebaptisé Alice) a déployé son propre réseau IP national pour proposer un service de téléphonie sous IP encore plus perfectionné que celui fourni sur son marché national par la société mère, Telecom Italia.
    Alice prévoit d’investir 500 millions d’euros au cours des deux prochaines années, dont les deux tiers serviront à financer l’infrastructure IP, avec pour objectif d’intégrer le trio de tête des fournisseurs de services haut débit sous IP d’ici 2007.

Comment expliquer ce phénomène ?

Un certain nombre de facteurs technologiques et commerciaux favorisent la mise en place par les opérateurs de leur propre infrastructure IP.
Facteurs techniques :

  • réduction considérable des dépenses en infrastructure, car la location de fibre noire est généralement l’investissement le plus coûteux pour l’opérateur.
    À signaler cependant que les locations sur 20 ans ont été remplacées par des contrats sur 4 ou même 3 ans, dont le coût a été plus que divisé par deux pour les principales zones métropolitaines. Le prix des solutions WDM a également baissé, alors que leur capacité s’est accrue et que leur déploiement s’est simplifié.
  • La possibilité de proposer des services IP à un prix compétitif est maintenant à la portée d’un plus grand nombre d’opérateurs.
    De plus, des outils intuitifs de planification et de contrôle du réseau permettent aux opérateurs plus ‘petits’ de gérer en interne leur réseau IP.
  • baisse continue des frais d’exploitation.
    D’importants progrès ont été réalisés en matière de WDM (Wavelength Division Multiplexing), l’une des principales technologies utilisées pour implémenter des réseaux IP souples et économiques. L’an dernier, les réseaux comportaient généralement divers types de cartes WDM, chacune sur sa fréquence, ce qui imposait un traitement individuel en cas de panne. Cette année, l’infrastructure configurable par logiciel permet de gérer à distance les cartes optiques, et même de les remplacer, si nécessaire.
    De plus, les applications et les services sont bien plus faciles à mettre en œuvre, sans devoir faire appel à des ressources spécifiques en programmation, habituellement associées aux opérateurs historiques.
  • la technologie WDM peut aussi gérer divers protocoles (SONET, Ethernet et SAN), et basculer dynamiquement entre eux en fonction des données transférées (voix, vidéo à la demande, stockage, etc.).
    Cette souplesse se retrouve au niveau de la capacité, avec la possibilité de passer à distance de 2,5 à 10 Gbits/s, voire 40 Gbits/s, rapidement et aisément.

Facteurs commerciaux :
Au total, les progrès évoqués ci-dessus permettent de faire fonctionner les réseaux IP propriétaires des opérateurs aussi facilement que les réseaux loués. Bien souvent, ces réseaux internes sont aussi plus souples. En outre, le fait de posséder sa propre infrastructure IP présente quelques avantages commerciaux :

  • le retour sur investissement de l’infrastructure IP se compte en mois au lieu d’années. Ciena estime par exemple qu’un FAI ou un opérateur alternatif peut obtenir un retour sur investissement sous un à deux ans grâce à la technologie WDM actuelle, soit cinq fois plus vite qu’il y a deux ans avec la technologie réseau classique.
  • selon le Yankee Group, les économies d’échelle augmentent avec la capacité. Alors que les réseaux loués restent relativement moins chers que leurs équivalents privés pour une capacité de 10 Gbits/s, la tendance s’inverse lorsque l’on passe à 20 Gbits/s. A 30 Gbits/s, les réseaux propriétaires se révèlent moitié moins chers.
  • comme le prouve neuf cegetel avec ses contrats AOL et Tele2, un réseau privé peut être une source de revenus pour l’opérateur alternatif.

Développements futurs

Quel est donc l’avenir ? Devenir propriétaire ou louer son infrastructure réseau ?
Si l’on pousse la logique du raisonnement, il est bien possible qu’elle s’applique à d’autres fournisseurs de services, tels que les opérateurs mobiles, et pourquoi pas les entreprises.
Avec l’apparition du « quadruple play » qui ajoute le téléphone mobile, les opérateurs mobiles ne verront-ils pas de plus en plus d’avantages à posséder leur propre infrastructure IP ?
A terme, le développement de certaines applications telles que le stockage à la demande, pourrait tenter les grandes entreprises à se laisser séduire.

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Eric Sèle ()
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