01 Décembre 2008    

La Lettre de septembre 2005

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Externalisation et performance des processus

Dossier - la lettre de septembre 2005

EXTERNALISATION ET PERFORMANCE DES PROCESSUS : DEUX DEMARCHES A CONCILIER  Le principe de la gestion par processus répond à la volonté de piloter globalement la réponse de l'entreprise aux demandes de ses clients. Qualité et réactivité sont des indicateurs clés de l'efficacité des processus.
La démarche d'externalisation répond, elle, généralement à d'autres impératifs (réduction des coûts, passage de coûts fixes à des coûts variables, technicité, etc.) qui peuvent se trouver en contradiction avec l'optimisation des processus.
L'externalisation ne risque-t-elle pas de handicaper la performance des processus ?
Conférence guideinformatique.com 9 décembre 2008

Les 3 périodes de l'externalisation

La politique d'externalisation obéit à une logique qui, schématiquement, suit trois grandes périodes :

  • l'abandon des activités éloignées du cœur de métier, pendant les années 80 ;
  • l'externalisation de fractions de processus, pendant les années 90 ;
  • l'externalisation de processus complets, voire de grands domaines, pendant les années 2000.

Abandon des activités éloignées du cœur de métier

Pendant les années 80, les grandes entreprises ont pris conscience progressivement de la nécessité de recentrer leur fonctionnement en confiant à des tiers des activités considérées comme périphériques.
Le gardiennage, la restauration collective et la logistique (transport, flotte) ont été les pionniers.
L'informatique a rapidement été concernée avec l'énergie informatique et les mainframes.

Externalisation de fractions de processus

On est passé progressivement à l'externalisation de fractions de processus.
Ainsi, par exemple, une entreprise confie à un tiers un dépôt de marchandise et une fonction locale de prise de commande et de gestion commerciale sur site.
Sur le plan administratif, on envisage globalement l'ensemble des facilities :

  • énergie,
  • téléphone,
  • locaux,
  • gardiennage,
  • nettoyage,
  • etc.

Les offreurs de service se concentrent et se réorganisent pour élargir le périmètre des marchés. En informatique, on parle à présent de système d'information et l'externalisation peut aller de la définition du projet à l'intégration, au déploiement, à la maintenance et à l'exploitation.

Externalisation de processus complets

Nous entrons à présent dans une nouvelle phase qui se caractérise par l'externalisation du pilotage de processus complets.
A titre d'exemple, une société comme BIC a été un précurseur en ne conservant que le marketing stratégique et la direction commerciale, le reste (production, distribution, finances) étant externalisé.
Sur le marché de l'informatique, les grands offreurs de service tente de promouvoir le on-demand qui serait la panacée de la fourniture informatique alliant variabilité des coûts et mutualisation.
Dans ce contexte, deux axes d'investigation paraissent essentiels :

  • comment optimiser les évolutions de l'externalisation dans les métiers même des Directions des Systèmes d'Information des grands comptes ?
  • quel est le rôle du système d'information dans l'externalisation de processus métiers ?

Performance des processus et système d'information

Le schéma ci-dessous illustre un fonctionnement en processus où les acteurs des activités (A1, A2, A3) vont trouver dans le système d'information les trois composantes qui leur permettent de garantir une bonne performance :

  • la délégation (au travers des droits ou des habilitations) ;
  • la connaissance (au travers des procédures et des documentations inscrites dans le système d'information) ;
  • l'information mise à jour en temps réel permettant de partager à la fois un référentiel de données et une information à jour.

 

Externalisation et processus
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En l'absence d'un système d'information partagé et complet, il faut sans cesse recourir à un autre niveau hiérarchique pour mener les activités, ce qui bride la performance du processus.

Risque de discontinuité dans le processus

Dans une situation d'externalisation partielle, le cas le plus facile correspond à l'externalisation des activités en bout de chaîne (livraison par exemple) ou des activités autonomes (restauration collective).
Les systèmes d'information travailleront alors avec des interfaces traditionnelles (bons de livraison dans un cas, fichier des ayants droit dans l'autre) avec une restitution en retour, plus ou moins agrégée.
La situation se complique dès lors que les activités externalisées s'insèrent dans un processus plus complet, voire dans une série de processus.
Une entreprise externalise une activité de prise de rendez-vous pour ses commerciaux. Les informations sont transmises régulièrement dans les deux sens : cibles à contacter, plannings des commerciaux.
L'externalisation va en général fonctionner avec un taux de satisfaction correct mais la discontinuité des processus va rapidement mener à des dysfonctionnements : incohérence entre les agendas, clients contactés alors que les clients ont eu une autre interaction avec l'entreprise entre temps, impossibilité d'élargir le spectre de la conversation, voire de passer un prospect au téléphone à un commercial, etc.
La contradiction est flagrante dans ce cas, entre la nécessité d'avoir un SI intégré autour du CRM en temps réel et l'isolement de canaux spécifiques (centre d'appel, Internet, commerciaux nomades).
La question que pose l'externalisation de processus est donc son pilotage complet basé sur la chaîne applicative du SI. Le morcellement de la chaîne applicative du SI entraîne une discontinuité dans le processus lui-même.

Systèmes intégrés et externalisation

On ne manquera pas de relever une contradiction flagrante entre le déploiement d'ERP et l'externalisation de fractions de processus métiers.
La justification des ERP passe en effet par une intégration très forte des pratiques, des référentiels et des systèmes d'information sous-jacents (traitements et données) qui lève toutes les barrières à l'accélération du cycle des processus.
Bref, on est dans l'entreprise en temps réel et la réactivité quasi-instantanée, basée sur un partage immédiat et exhaustif de l'information.
Comment concilier ce principe avec des systèmes d'information en partie chez les sous-traitants ?

Logique de marché des offreurs

Les principes fondateurs des offreurs sont :

  • la mutualisation
  • l'extension du périmètre.

Mutualisation : il est aisé de comprendre qu'un même centre d'appel sera plus rentable s'il sert à recevoir les appels de dix clients plutôt que d'un seul. Le principe est que l'investissement fait par l'infogérant est reparti entre les différents clients.
De plus, sur des tâches à faible valeur ajoutée, son expérience permet la plupart du temps d'avoir une qualité de service supérieure à celle de la prestation réalisée en interne.
Se pose alors la question cruciale du lieu d'intervention de la prestation externalisée : sur le site du client ou sur le site de l'infogérant. Sur ce point les offreurs sont catégoriques : les intervalles de marges potentielles se situent autour de 10% lorsque la prestation se déroule chez le client et autour de 30% lorsque l'infogérant est dans ses propres locaux. Certains infogérants se refusent même à répondre à des demandes lorsque le client exige une prestation dans ses locaux.

Extension de périmètre : elle permet à l'offreur de gagner en autonomie de fonctionnement en optimisant la chaîne globale du processus plutôt que le maillon d'activité qui lui a été confié et de remonter dans la chaîne création de valeur.
L'externalisation ne se limite donc plus à la mise à disposition du client de ressources mais permet d'envisager de réels partenariats avec le client pouvant aller jusqu'à la création de joint-ventures.
En conclusion, les offreurs d'externalisation de service s'appliquent à eux-mêmes le raisonnement qui justifie ce genre d'opération pour leurs clients :

  • homogénéisation des SI et processus de bout en bout,
  • mutualisation des moyens pour plusieurs clients.

Infogérance limitée

Sur le plan de l'infogérance (externalisation de l'informatique), on trouve dans la majorité des cas une externalisation limitée à des activités et faisant intervenir, la plupart du temps, plusieurs prestataires :

  • maintenance,
  • achats,
  • Helpdesk,
  • TMA,
  • etc

Ce type d'externalisation entraîne un éclatement du périmètre et, est souvent dû à une certaine peur de l'entreprise de perdre le contrôle et la vision globale.
Cette externalisation morcelée renvoie des indicateurs partiels de qualité des activités mais ne permet pas de mesurer la qualité du service rendu au client. L'indicateur Taux de réponse en moins de 30 secondes permet de juger la performance de l'activité Helpdesk mais pas la qualité du processus de résolution des incidents. Dit autrement, l'infogérance basée sur les activités partielles ne permet pas le pilotage global d'un ou de plusieurs processus. Elle entraîne, de surcroît, une surcharge importante d'activités pour la maîtrise d'ouvrage à piloter toutes ces prestations pour parvenir à un pilotage de processus.

Optimisation de l'infogérance

Selon la maturité de l'entreprise, cette externalisation d'activités peut cependant être un premier pas dans l'optimisation de l'infogérance, étant entendu que les offreurs auront tendance à vouloir étendre leur périmètre (cf. paragraphe précédent). On assistera alors de manière naturelle à la réduction du nombre d'acteurs externes et à la délégation de processus complets de la DSI à un infogérant.
Dans le cas d'une externalisation d'un ou plusieurs processus, la problématique du système d'information supportant les activités et les processus est fondamentale.
L'exemple des processus ITIL permet de bien appréhender cette dimension. Le SI supportant le processus gestion des incidents (gestion et circulation des tickets d'appel) doit être couplé avec le SI supportant le processus gestion de configuration (gestion du parc) ou gestion des problèmes et des réclamations.
Lorsqu'on décide d'externaliser l'un ou l'autre de ces processus, il est indispensable de s'assurer de l'interopérabilité des SI supportant ces processus.

Vers la performance globale

On aura compris que externalisation et infogérance sont des modalités d'organisation qui ne conduisent pas facilement à une amélioration des processus sauf à envisager les relations client / fournisseur de manière radicalement différente.
En effet, la clé du succès étant la performance des processus, cette priorité l'emporte sur une vue étroite des achats qui ne serait basée que sur la réduction des coûts.
La prise en compte des vrais facteurs de succès de l'externalisation doit conduire à de nouveaux rapports entre les parties qui sont basés sur le partenariat, un mode de relation gagnant - gagnant puisque la performance de l'un est liée à la performance de l'autre.
 
 
 
D'après Dominique Moisand, vice-président de l'AFAI, directeur associé d'ASK conseil.
 


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